Une de mes racines s’est fracturée, me dit le dentiste. Je ne peux rien faire, prenez des antibiotiques et des anti-inflammatoires, et dès votre arrivée à Lisbonne, consultez votre dentiste. Ce que je fis, à moitié dans les vaps, à cause des médicaments, du voyage, des changements… Bref, même chose, prenez des antibiotiques, des anti- inflammatoires et dans une semaine j’arrache votre dent, il n’y a rien d’autre à faire, votre racine est fracturée. La semaine suivante il m’a arraché la dent, j’ai vu les racines, deux, et celle qui était fracturée, coupée, un morceau en moins. Je ne pensais pas que c’était si grand une racine. Je pensais en sortant de chez le dentiste, mes racines se fracturent, c’est grave, il faut les sauver quand même, mais le dentiste post-moderne, dit, c’est normal, une dent n’est pas éternelle. Oui, lui dis-je mais une racine oui….Non, une racine dentaire, non! Maintenant j’ai un trou et n’ose plus rire ni racine, pardon ni sourire. J’insiste pour que le dentiste post-moderne me comble cet horrible trou, même provisoirement,nous allons réfléchir, repassez dans une petite semaine. Je peux réfléchir, tant que je veux, car ce n’est pas comme sourire ou rire, réfléchir ça ne se voit pas, donc je réfléchis, et me demande comment se fracturent les racines, ou comment elles perdurent, là je parle des racines au sens culturel, intergénérationnel, celles – ci même fracturées, ou en miettes, elles se transmettent, en forme de puzzle, de fondu enchaîné et elles font souffrir autant que celles des dents car même en miettes, en poudre, elles cherchent un passage, et le ça en sait quelque chose. Maux de racines = Maux de moi-obscur ou maux de soi en fracture, fêlure, dont l’unité se fait en la construction d’une vie.
Curieusement envie de rire, je pose la main sur ma bouche quand je ris et ainsi je peux compter combien de fois je ris en une journée, pas mal, finalement, je vais réfléchir….